13 octobre 2025 restera une date gravée dans la mémoire de tous les Cap-Verdiens et Cap‑Verdiennes. Ce soir‑là, sous les applaudissements d’un stade de Praia en ébullition, ce petit État insulaire d’Afrique de l’Ouest, situé dans l’océan Atlantique au large du Sénégal et peuplé d’environ 525 000 habitants, obtenait pour la première fois de son histoire son billet pour la phase finale d’une Coupe du monde. Au terme d’une rencontre riche en rebondissements face à l’Eswatini, terminée sur le score de 3-0, l’archipel rejoignait ainsi la table des grandes nations du football.
Derrière cet exploit se cache l’histoire d’un homme, Pedro Leitão Brito, dit « Bubista ». À douze ans, il était déjà fasciné par les images du Mondial 1982, diffusées sur l’unique téléviseur de son village de Povoação Velha, point de départ d’un rêve: devenir footballeur. Devenu capitaine puis sélectionneur, il a mené son équipe vers ce qu’il décrit comme une victoire pour le peuple capverdien, « pour ceux qui sont ici et ceux qui sont à l’étranger ». Le tirage au sort n’a offert aucun cadeau aux Requins Bleus, placés dans le groupe H face à l’Espagne, l’Uruguay et l’Arabie saoudite. Mais contre toute attente, l’équipe a traversé cette phase sans connaître la défaite: match nul 0-0 face à l’Espagne à Atlanta, 2-2 contre l’Uruguay à Miami Gardens, puis 0-0 face à l’Arabie saoudite à Houston. Trois matchs, trois nuls, zéro défaite, une performance suffisante pour arracher une place inespérée en seizièmes de finale.
Dans cette épopée, un homme est sorti du lot pour devenir le symbole du récit cap‑verdien: le gardien Josimar José Évora Dias, surnommé Vozinha. À quarante ans, il a fait la différence dès le match d’ouverture, repoussant de nombreux assauts espagnols avant d’éclater en larmes au coup de sifflet final. « J’ai pensé à mes grands‑parents disparus et à ma mère, restée au pays faute de visa », a‑t‑il confié. Sa popularité a explosé: d’un peu plus de 50 000 abonnés avant le tournoi, il en compte désormais plus de 17,5 millions, soit trente‑trois fois la population de son propre pays.
Au‑delà des résultats, le Cap‑Vert a adressé un message au monde. Comme l’a résumé Bubista: « Nous sommes devenus un exemple de petit pays qui peut se fixer de grands objectifs, à condition de faire preuve de concentration, de détermination et d’organisation. Nous avons démontré que rien n’est impossible. »
Ce rêve capverdien s’est achevé le 3 juillet 2026 en seizièmes de finale, mais pas sans avoir inquiété l’Argentine jusqu’à l’ultime seconde. Face à l’Albiceleste et à Lionel Messi, les Requins Bleus ont cédé sur une ouverture du score signée le septuple Ballon d’or (1-0, 29e). En seconde période, porté par un Vozinha exceptionnel, le Cap‑Vert a forcé la prolongation et égalisé grâce à une superbe frappe enroulée de Sidny Cabral (2-2, 103e). L’Argentine a finalement remporté le match 3-2 (111e). Une élimination douloureuse mais glorieuse pour une équipe qui restera parmi les plus belles histoires de ce Mondial 2026, preuve que la grandeur se mesure aussi au courage d’un rêve collectif.
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